« Mon dada, c’est le Dodo »

Je ne cache pas que je suis fascinée par l’oiseau qui s’appelle le bec-en-sabot.
Mais il y en a un autre qui m’habite depuis bien plus longtemps encore, et dont j’ai déjà parlé ici.
Un oiseau que je n’ai jamais vu, que je ne verrai jamais, et qui pourtant fait partie de mon imaginaire depuis l’enfance. Le dodo.
Ce nom seul évoque une silhouette presque comique, un animal potelé, maladroit, un bec massif planté dans une tête étrange.
Le dodo n’a pas disparu récemment, il ne fait pas partie de ces espèces menacées qu’on tente encore de protéger. Il est parti depuis longtemps.
Et pourtant, il continue à vivre dans les livres, les dessins animés, les vitrines de musée… et j’ai une pensée au passage pour Bernard Pichon qui avait ravi les enfants en créant Dodu Dodo dans les années 80.
Depuis des années, je lis et je garde ce que je trouve sur cet oiseau: des images, des articles, des hypothèses, des récits d’explorateurs, des analyses scientifiques et même quelques récits franchement fantaisistes.
Le dodo appartenait à la famille des colombidés, autrement dit… c’était un pigeon et non une poule comme certains le pensent.
Un pigeon géant, endémique de l’île Maurice, qui ne volait pas.
Il n’en avait pas besoin puisqu’il vivait paisiblement sur une île sans prédateur, nichait au sol, se nourrissait de fruits tombés et n’avait pas développé de méfiance particulière envers l’humain.
Derrière sa silhouette devenue mythique, le dodo était un oiseau bien réel, parfaitement adapté à son île natale. Mesurant entre 60 et 100 centimètres pour un poids pouvant atteindre 20 kilos, il appartenait donc à la famille des pigeons, malgré sa carrure étonnante.
Ses pattes robustes laissent penser qu’il se déplaçait avec une certaine aisance, bien loin de l’image pataude qu’on lui a longtemps attribuée.
Son bec recourbé, massif, servait probablement à casser des fruits à coque, comme les calebasses ou les graines tombées des arbres.
Le dodo nichait au sol, pondant sans doute un seul œuf par an, ce qui rendait sa reproduction particulièrement vulnérable.
À l’arrivée des Européens, cet équilibre s’est rompu brutalement.
L’introduction de prédateurs comme les rats, les cochons ou les singes, capables de piller les nids, a accéléré sa disparition.
À cela s’est ajoutée la chasse, le déboisement et une incompréhension totale de son mode de vie.
En réalité, ce n’est pas un oiseau inadapté qui a disparu, mais une espèce parfaitement en phase avec un environnement que l’être humain a bouleversé.
Les recherches récentes tendent d’ailleurs à réhabiliter le dodo : il n’était ni stupide, ni obèse, ni maladroit… seulement confiant dans un monde qui n’était pas prêt pour lui.
Il est aussi une créature littéraire, un personnage à part entière dans l’univers de Lewis Carroll, où il joue les arbitres dans une course sans queue ni tête.
Une sorte d’oiseau philosophe.
Aujourd’hui, dans une zone marécageuse de l’île Maurice, une poignée de passionnés tente de localiser des restes, de reconstituer un squelette, d’en comprendre plus, mais le dodo reste insaisissable.
Il flotte entre la légende et la biologie.

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