J’étais ado lorsque j’ai entendu parler pour la première fois de la pataphysique, en m’intéressant à Boris Vian.
Mais j’ai été biberonnée bien plus tôt à cette manière très particulière de voir le monde… et je sais de qui elle me vient! Mais ça, c’est une autre histoire!
Mais au fait, savez-vous ce qu’est la pataphysique?
Pour moi, c’est de l’humour à l’état pur.
Elle se définit comme la « science des solutions imaginaires », ce qui signifie, plus simplement, qu’elle s’intéresse aux idées farfelues, aux raisonnements absurdes et aux explications qui ne servent à rien… sauf à faire sourire et à regarder le monde autrement.
La pataphysique a été inventée à la fin du XIXe siècle par l’écrivain Alfred Jarry, un auteur qui aimait déjà bousculer les habitudes, notamment avec sa célèbre pièce Ubu roi, où les personnages se comportent de façon totalement excessive.
Là où la physique explique pourquoi une pomme tombe d’un arbre, et où la métaphysique se demande pourquoi l’univers existe, la pataphysique se demande par exemple si la pomme n’est pas tombée simplement parce qu’elle en avait assez d’être en hauteur.
Et surtout… elle trouve cette explication parfaitement satisfaisante.
Concrètement, la pataphysique s’intéresse aux exceptions plutôt qu’aux règles.
Si neuf personnes sur dix traversent un passage piéton, elle s’intéressera à la dixième qui traverse trois mètres plus loin et cherchera une théorie pour expliquer ce choix mystérieux.
Peut-être que cette personne évite une ligne invisible, peut-être qu’elle suit un itinéraire secret, peut-être qu’elle obéit à une carte du monde que personne d’autre ne possède?
Toutes ces hypothèses sont également valables, puisque l’objectif n’est pas de trouver la vérité, mais de s’amuser avec les possibilités.
Dans l’esprit pataphysique, les objets les plus ordinaires peuvent devenir extraordinaires. Une chaussette orpheline n’est plus une simple chaussette perdue dans la machine à laver, mais une exploratrice partie vivre sa propre aventure. Une télécommande introuvable n’est pas égarée, elle se repose volontairement dans un endroit stratégique afin de rappeler à son propriétaire l’importance de se lever du canapé.
Un stylo qui cesse soudainement d’écrire n’est pas vide: il boude.
La pataphysique adore ce genre de petites histoires, car elles transforment les contrariétés du quotidien en mini-fictions amusantes.
Elle propose aussi des raisonnements délicieusement inutiles.
Par exemple, si une personne rate son bus, ce n’est pas un retard, c’est une occasion officielle de contempler le paysage.
Si un rendez-vous est annulé, ce n’est pas un contretemps, c’est un cadeau temporel.
Si un parapluie se retourne sous le vent, ce n’est pas un objet défectueux, c’est un acte de protestation contre les intempéries.
La pataphysique rend le monde plus léger…
Il existe même, pour les amateurs, un Collège de Pataphysique, fondé à Paris en 1948, où des passionnés écrivent des textes très sérieux sur des sujets parfaitement inutiles… ce qui constitue en soi une forme d’art.
Au lendemain de la date anniversaire de mon père, j’ai eu envie d’écrire ce petit article et de lui en faire cadeau.
Je pense qu’il aurait apprécié!