En début de semaine, j’ai dû me rendre au labo pour une prise de sang.
Le scénario est toujours le même: les personnes qui doivent accomplir la même mission se massent devant la porte qui n’ouvre qu’à huit heures précises.
Ensuite, nous rentrons par vague: une demi-douzaine de personnes environ pénètre dans le lieu convoité.
Les autres attendent d’y avoir accès au fur et à mesure que la pièce se vide et que les clients partent en salle d’attente, ou suivent une infirmière ou un médecin pour les prélèvements.
Ce jour-là, dans la rue, la file était longue et plusieurs personnes ne s’y intégraient pas, attentives à ne pas être doublés.
Parmi elles se trouvaient une petite dame habillée de rose, dont le physique tout en rondeur rappelait celui des bonnes fées de Cendrillon.
D’une petite voix douce, elle faisait de petites réflexions sur le temps, sur les gens qui passaient…
Lorsque le clocher de l’église a sonné huit coups, la première vague est rentrée.
Je faisais partie de la deuxième.
Quand notre tour est arrivé, je suis donc entrée en compagnie d’un monsieur, prenant nos places dans les files placées devant les guichets.
Ce matin-là, comme me l’a expliqué plus tard le médecin, il y avait de gros dossiers qui ont demandé plus de temps aux secrétaires, ce qui a légèrement rallongé le temps d’attente.
Rien de bien grave: nous étions patients… dans tous les sens du terme.
Enfin… pas tous.
A un moment donné, l’un des guichets s’est libéré devant un monsieur qui s’est avancé pour présenter ses documents.
Et là, nous avons entendu une voix furieuse de stentor s’élever: Ah non, c’est mon tour! Reculez!
La petite dame en rose a traversé la pièce et a repoussé le monsieur en question.
La douce bonne fée de Cendrillon s’était transformée en furie sous l’oeil perplexe des personnes présentes.
Mécontente, sa victime s’est poliment rebellée: Mais non, Madame, j’étais là avant vous!
Le malheureux… ces simples mots ont suffi à déclencher une rage noire chez son interlocutrice.
A ce moment, le guichet de l’autre côté de la pièce s’est libéré lui aussi, et je l’ai montré au monsieur qui s’y est rendu, bien secoué d’avoir été agressé de cette façon.
Quand j’ai été enregistrée moi aussi, j’ai retrouvé en salle d’attente les personnes qui attendaient en même temps que moi.
Et parmi elle… la petite dame en rose qui avait retrouvé son calme et sa petite voix douce avec laquelle elle tentait d’attirer l’attention par des petites phrases innocentes.
Sauf que, cette fois, plus personne ne la regardait et n’avait envie de l’écouter.
L’atmosphère était glaciale, tout le monde échangeait des regards entendus.
Par chance pour elle, elle a été appelée rapidement, ce qui a mis fin à son attente.
Certains humains restent un mystère, pour moi…