Quand je sais que je dois aller dans un endroit où il y aura de l’attente, je prends toujours un livre avec moi.
Celui que je lis en ce moment, dans ces moments-là, s’appelle « Le parfum » et il a été écrit par mon fameux parfumeur fétiche Jean-Claude Ellena, qui a créé plusieurs des parfums que j’aime beaucoup.
Pendant longtemps, j’en ai porté un qui s’appelle « Un jardin sur le Nil ».
Et pendant que j’étais chez l’ophtalmo, cette semaine, à attendre mon tour, j’ai lu ce passage qui m’a énormément touché.
Jean-Claude Ellena, dont j’ai déjà parlé plusieurs fois sur Ecriplume, a écrit ceci.
Avec « « « Un jardin sur le Nil » pour Hermès en 2005, le choix du thème se fit lors d’une promenade sur une des îles-jardins du Nil à Assouan. Le choix naquit sous une allée de manguiers.
Nous sommes au mois de mai, les branches des manguiers ploient sous le poids de leurs fruits verts qui sont à portée de ma main. J’en cueille un, un lait transparent jaillit du réceptacle, je le porte à mon nez. L’odeur me séduit. Profusion d’images odorantes, de résine, de peau d’orange, de pamplemousse, de carotte, d’opoponax, de genévrier, odeur acide et douce, vive et tendre. Je ne résiste pas, je me laisse caresser par l’essence et m’approprier l’odeur. J’essaie de partager mon plaisir, mes émotions avec les personnes qui m’accompagnent.
Le thème est bien choisi. Bien avant cette promenade, j’avais rejeté les senteurs de jasmin, de fleurs d’oranger, d’épices, odeurs qui emprisonnent l’Égypte dans des senteurs mythiques d’un Orient imaginé par l’Occident. Ce que je cherchais était une entrée insolite pour raconter l’histoire de ce jardin. L’odeur des mangues vertes devenait signe et symbolisait les îles-jardins du Nil. Plus tard, j’ai appris que ce fruit en Égypte donnait lieu à une fête annuelle.
Pourquoi suis-je aussi captivée par le travail de ce monsieur?
Parce qu’il est non seulement un parfumeur magnifique de justesse, mais qu’il est également une plume que je ne me lasse pas de relire…