Zaatar…

Zaatar, premier recueil de poésie de Sofia Karampali Fahrat appartient à cette catégorie de livres que l’on sait, après l’avoir terminé, que nous les relirons encore et encore…
Publié aux Editions Bruno Doucey, il se lit d’une traite, mais ne quitte pas l’esprit.
Née en 1994 dans le sud du Liban, dans une famille gréco-libanaise, l’autrice a grandi dans un territoire marqué par les fractures, les tensions et les déplacements.
Elle a vécu ses dix-huit premières années dans ce contexte avant de s’installer à Paris.
Ce parcours irrigue profondément son écriture.
Le français, sa langue d’adoption, est aussi devenue sa langue d’expression poétique.
Ce choix s’inscrit dans une volonté de rendre audible une expérience intime qui dépasse les frontières.
Dans ses textes, Sofia Karampali Farhat aborde des thèmes d’une grande intensité, la guerre, l’exil, la résistance, mais aussi l’érotisme queer.
Son travail ne se limite pas à l’écriture.
Chercheuse en géopolitique, spécialisée dans le Proche-Orient, elle mène en parallèle une activité de traduction de romans et de poésie arabes en français, ainsi qu’un travail artistique pluridisciplinaire.
Cette double approche, à la fois analytique et sensible, donne à ses poèmes une densité particulière.
Dans Zaatar, la charge émotionnelle des mots est bouleversante.
Dès les premiers vers, ils nous capturent:

Je suis née sous les bombes
Je mourrai sous les mots.
Qu’il pleuve sur moi des torrents infinis
Je me redresserai
Mouillerai mes cheveux
Et danserai encore.


J’espère que, comme moi, vous aurez envie de le lire… et je vous laisse avec l’introduction de l’autrice…

De guerres est tracée mon histoire et d’un brin de Zaatar.
Ma tante Fadwa avait 18 ans et rêvait de voir la mer. Elle n’a jamais vu la mer.
Mon père Mohamed avait 16 ans et rêvait d’un Liban libre et laïque. Il a consacré sa vie à la résistance.
J’avais 11 ans au moment de la guerre israélo-libanaise de 2006, je confie ma vie à la poésie.

Face à ces tragédies, ma grand-mère têta Zénab s’est mise à semer du thym libanais, le Zaatar.
Depuis, il ne cesse de fleurir des minuscules fleurs blanches en mai, chaque année.

Les guerres et les exils se sont succédés, la société libanaise s’est fracturée, mais le Zaatar orne toujours les tables des locaux comme celles des exilés.
Le Zaatar unit.

Que je puisse par mes mots délier les barbelés et tresser des vers parfumés au zaatar.

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