La BnF (Bibliothèque nationale de France) propose en ce moment une exposition qui a tout pour plaire à celles et ceux qui aiment voyager autrement, sans billet, sans valise, simplement avec l’imagination.
Intitulée « Cartes imaginaires », elle rassemble des cartes qui ne servent pas à se repérer dans le monde réel, mais à explorer des territoires inventés, rêvés ou symboliques.
J’ai commandé le catalogue de l’exposition: je vous en parlerai lorsque je l’aurai lu!
Depuis toujours, les cartes exercent sur moi une fascination particulière.
Et quand ces cartes deviennent imaginaires… c’est le nirvana!
Parmi toutes celles que j’ai croisées, il en est une qui tient une place à part: la carte du Tendre.
Je l’ai découverte il y a longtemps, lorsque j’étais adolescente, en écoutant une chanson de Georges Moustaki qui portait ce nom.
À partir de là, une question s’est imposée pour moi: cette carte existait-elle vraiment ou était-ce une invention poétique de plus?
J’ai cherché et j’ai alors appris que oui… elle existait.
Elle date du XVIIe siècle et elle est liée à Madame Madeleine de Scudéry.
Elle a créé le Tendre, pays imaginaire représentant les itinéraires possible de tout couple d’amoureux.
Quand je l’ai découverte, j’ai été surprise de voir à quel point elle ressemblait à une véritable carte, avec ses lieux dits, ses chemins, ses lacs…

Sauf qu’ici, il ne s’agit pas de villes ou de paysages, mais de tout ce qui se passe entre deux personnes.
C’est une façon très concrète et pourtant poétique d’évoquer les sentiments.
Et ce parcours imaginaire n’a pas pris une ride: il. nous parle toujours aujourd’hui.
Cette carte désormais mythique ne donne pas de mode d’emploi, mais montre comment les choses peuvent évoluer, avec leurs hésitations, leurs élans, leurs petits pas leurs crises et leurs grands bonheur.
La carte du Tendre ne s’est pas arrêtée à cette version.
Elle a inspiré beaucoup d’autres cartes, parfois très sérieuses, parfois beaucoup plus légères, où l’on retrouve des variantes de ces mêmes chemins, avec d’autres noms, d’autres étapes, d’autres manières de raconter les relations. Certaines ajoutent des détours inattendus, des zones où l’on se perd, des endroits où l’on revient en arrière, où l’on se blesse…
D’autres jouent davantage avec l’humour, en nommant de manière amusante des situations que chacun reconnaît sans peine.
J’ai cru comprendre que, dans l’exposition de la Bibliothèque nationale de France, plusieurs de ces cartes du Tendre sont présentées, comme autant de versions d’une même idée, chacune avec sa personnalité et son regard.
Autant vous dire que j’attends le catalogue avec impatience!
En attendant, je vous laisse avec les paroles de la chanson de Moustaki, qui est un véritable poème…
La Carte Du Tendre
Le long du fleuve qui remonte
Par les rives de la rencontre,
Aux sources d’émerveillement,
On voit dans le jour qui se lève
S’ouvrir tout un pays de rêve,
Le tendre pays des amants.
On part avec le cœur qui tremble,
Du bonheur de partir ensemble,
Sans savoir ce qui nous attend.
Ainsi commence le voyage
Semé d’écueils et de mirages,
De l’amour et de ses tourments.
Quelques torrents de médisance
Viennent déchirer le silence
Essayant de tout emporter,
Et puis on risque le naufrage
Lorsque le vent vous amène au large
Des îles d’infidélité.
Plus loin le courant vous emporte
Vers les rochers de la discorde
Et du mal à se supporter.
Enfin la terre se dénude:
C’est le désert de l’habitude.
L’ennui y a tout dévasté.
Quand la route paraît trop longue,
Il y a l’escale du mensonge,
L’auberge de la jalousie.
On y déjeune de rancune
Et l’on s’enivre d’amertume.
L’orgueil vous y tient compagnie,
Mais quand tout semble à la dérive,
Le fleuve roule son eau vive
Et l’on repart à l’infini
Où l’on découvre au bord du Tendre
Le jardin où l’on peut s’étendre,
La terre promise de l’oubli, l’oubli.