Alors que mon dernier livre, L’Explorateur oublié, raconte la vie passionnante et aventureuse d’un Franc-Comtois du XIXe siècle, je me suis demandé pourquoi cette époque me fascine autant.
Pourquoi les récits de voyages lointains entrepris à cette époque dans des conditions souvent difficiles continuent-ils à exercer sur moi une telle attraction
Pourquoi ces navires qui traversaient les mers pendant des semaines, parfois des mois, occupent-ils encore une place particulière dans mon imaginaire?
Alors qu’un grand projet prend actuellement forme autour de mon livre, j’ai évoqué devant des amis un feuilleton que je regardais lorsque j’étais enfant, Les Secrets de la mer Rouge.
Diffusée à la fin des années 1960 puis dans les années 1970, cette série n’était plus pour moi qu’un souvenir lointain, presque effacé.
Seules quelques images me revenaient… et la musique du générique!
J’en gardais l’atmosphère, les bateaux, les ports, les bruits du vent et de la mer.
Faute de temps, je n’ai pas cherché davantage, mais mon Capitaine, lui, s’est chargé de l’enquête.
C’est ainsi qu’il a prononcé un nom que je n’avais pas entendu depuis très longtemps, celui d’Henry de Monfreid, l’auteur dont les livres avaient inspiré le feuilleton, et qui racontait sa propre existence à travers ces aventures filmées.
Et là, tout est revenu.
Henry de Monfreid n’était pas un modèle de vertu.
Aventurier, trafiquant à certaines périodes de sa vie, personnage complexe et souvent controversé, il ne faisait pas partie de ces héros irréprochables que l’on présente aux enfants comme des exemples à suivre.
Mais à travers ses récits, il faisait découvrir un monde brûlant de soleil, il racontait la mer Rouge comme d’autres racontent un continent perdu.
Je comprends aujourd’hui que ce feuilleton a probablement laissé en moi une empreinte beaucoup plus profonde que je ne l’imaginais.
Bien avant mes recherches historiques, bien avant l’écriture de L’Explorateur oublié, il avait semé les premières graines de cette fascination pour les navires qui partaient vers l’inconnu et pour ces hommes qui acceptaient de quitter le confort du quotidien afin de découvrir ce qui se trouvait au-delà de l’horizon.
A ceci près que je cherchais des hommes que je pouvais admirer.
Mon goût pour ces épopées lointaines est donc né il y a bien longtemps, devant un écran de télévision, à une époque où les séries savaient encore nourrir l’imaginaire des enfants et des adolescents.