Il avait six ou sept ans.
Il vivait à Novgorod, dans la Russie du XIIIe siècle, et comme beaucoup d’enfants, il devait apprendre ses lettres. Seulement voilà, Onfim avait manifestement autre chose en tête.
Alors, entre deux exercices d’écriture, il dessinait.
Près de huit siècles plus tard, ses petits dessins sont parvenus jusqu’à nous.
Et c’est devenu l’un des témoignages les plus émouvants que le Moyen
Le matériau était abondant, peu coûteux et beaucoup plus accessible que le parchemin.
Depuis le milieu du XXe siècle, les archéologues ont retrouvé dans la région plus d’un millier de ces fragments, appelés beresta.
On y découvre des lettres, des comptes, des messages privés, des documents de la vie quotidienne.
Mais parmi eux se trouvent aussi plusieurs morceaux d’écorce attribués à un écolier nommé Onfim.
On le voit s’exercer à tracer les lettres de l’alphabet cyrillique, recopier des syllabes et probablement accomplir ce que son maître lui demandait.
Puis, soudain, la leçon dérape et son imagination s’évade…
Il dessine un cheval, un cavalier, des guerriers, des flèches, des personnages aux bras immenses et aux jambes interminables.
Et même une créature fantastique, sorte de bête à l’allure de centaure.
Onfim s’invente un autre monde, beaucoup plus intéressant que ses exercices scolaires.
Et il s’y donne le premier rôle…
Dans l’un de ses dessins les plus célèbres, le petit garçon se représente sous les traits d’un cavalier combattant un adversaire. Il inscrit même son nom près du personnage.
Onfim est devenu le héros de sa propre aventure.
Huit cents ans plus tard, n’importe quel parent pourrait reconnaître quelque chose de familier dans ces personnages maladroits.
Les enfants ont changé de vêtements, d’école, de jouets et de monde.
Mais donnez-leur un morceau de papier ou une écorce de bouleau, et certains finiront toujours par dessiner.
Nous ne savons pas ce qu’est devenu Onfim.
Mais le petit garçon de Novgorod a obtenu quelque chose dont il n’aurait jamais pu rêver.
Ses guerriers ont survécu aux vrais guerriers de son époque, ses chevaux galopent encore et le héros qu’il avait dessiné porte toujours son nom.
