Le magasin de Kali

Depuis deux ou trois semaines, je suis prise d’une véritable frénésie de mise en ordre de la maison.
Je suppose que beaucoup d’entre nous connaissent ce phénomène.
Au fil du temps, sans même y prendre garde, les petites choses s’accumulent.
Des objets qui n’ont pas vraiment de place attitrée, qui finissent par encombrer les étagères, les placards ou les coins de meubles.
Et, peu à peu… la maison semble rétrécir!
J’ai donc décidé de reprendre les choses en main.
Ma première trouvaille a été d’acheter des paniers.
De jolis paniers, pratiques, capables d’accueillir tous ces objets en errance qui, jusqu’alors, ne savaient pas vraiment où habiter.
Le résultat est plutôt satisfaisant.
Encouragée par ce premier succès, je me suis attaquée à la cuisine, le lieu réservé de mon Capitaine.
Nous y avions un petit chariot à roulettes de quatre niveaux, pratique mais devenu insuffisant.
Je l’ai remplacé par un modèle plus grand, doté d’un étage supplémentaire.
Quant à l’ancien chariot, il n’a pas été condamné à l’exil.
Il a simplement déménagé dans la petite salle d’eau du rez-de-chaussée, où il poursuit désormais une seconde carrière.
Mais la meilleure idée de cette réorganisation concerne Kali et Babou.
Dans le nouveau chariot de la cuisine, j’ai réservé un panier entier à leurs petits jouets en réserve.
Il s’agit du deuxième panier en partant du bas, juste à la bonne hauteur pour attirer l’attention d’un chien curieux.
Les paniers étant ouverts, leur contenu reste parfaitement visible.
Si Babou ne semble pas particulièrement intéressée par cette nouveauté, Kali, en revanche est ravie de l’existence de ce petit trésor.
Elle passe régulièrement devant le chariot, s’arrête, glisse son nez dans le panier, examine les jouets, les renifle et semble prendre le temps d’évaluer les nouveautés.
Mais jamais, absolument jamais, elle ne s’empare d’un jouet pour filer avec son butin.
Pourtant, il lui suffirait d’allonger un peu le museau pour en attraper un, mais non.
Elle regarde, inspecte, puis repart tranquillement.
J’ai parfois l’impression de la voir entrer dans un magasin de jouets.
Elle parcourt les rayons, s’intéresse à la marchandise, repère peut-être ce qui lui ferait plaisir, mais respecte scrupuleusement une règle essentielle: ce n’est pas parce qu’un objet est à sa portée qu’elle a le droit de se servir.
Elle semble avoir parfaitement compris qu’il existe une différence entre ses jouets à disposition et ceux qui attendent sagement leur tour dans la réserve.
Elle nous fait sourire chaque fois que nous la découvrons en train de faire du lèche-vitrine.
Finalement, cette frénésie de rangement aura eu deux avantages.
La maison est mieux organisée et Kali possède désormais sa propre boutique de jouets… et semble avoir compris que la tentation n’oblige pas à devenir cleptomane!

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