Les mésaventures de Guillaume le Gentil

J’aime le ciel nocturne lorsqu’il nous offre un spectacle étoilé, et je suis avec intérêt les voyages des astronautes…
Je ne pouvais donc pas résister à l’envie que j’ai de vous raconter l’histoire de Guillaume le Gentil de la Galaisière, le plus malchanceux des astronomes, que j’ai découverte il y a peu.

Ce gentilhomme naît à Coutances en 1725 et se passionne très tôt pour le ciel.
À une époque où l’astronomie demande autant de patience que de précision, il se fait rapidement remarquer par la qualité de ses observations et rejoint l’Académie des sciences.
Comme tout bon professionnel, il observe, calcule et prend des notes avec une rigueur qui le place parmi les astronomes sérieux de son temps.
En 1760, il se voit confier une mission importante.
Le passage de Vénus devant le Soleil doit avoir lieu en 1761, un phénomène rare qui permet de mesurer la distance entre la Terre et le Soleil.
On l’envoie donc vers les Indes pour effectuer cette observation dans de bonnes conditions.
Sur le papier, tout est parfaitement organisé.
Dans la réalité, c’est une autre histoire…
La guerre de Sept Ans complique les trajets, les bateaux sont retardés, détournés, et Le Gentil se retrouve en pleine mer le jour même du phénomène.
Observer un transit de Vénus depuis un navire ballotté n’est pas exactement l’idéal… et l’observation est perdue.
J’ose à peine imaginer sa déception…
Beaucoup seraient rentrés, déconfits mais résignés.
Pas lui!
Il décide d’attendre dans cette partie du monde le prochain passage de Vénus, prévu en 1769.
Huit années passent durant lesquelles il cartographie Madagascar.
Persuadé que Manille sera le meilleur point d’observation, il entreprend un long voyage pour s’y rendre, un an avant la date fatidique…
Et là encore, le destin s’acharne.
La ville est aux mains des Espagnols qui soupçonnent Guillaume d’être un espion, ce qui lui vaut d’être expulsé.
Certaines sources affirment qu’il a été arrêté et torturé avant d’être
relâché quelques mois plus tard.
Il se rend donc à Pondichéry où il construit un petit observatoire et prépare ses instruments avec soin, convaincu que cette fois sera la bonne.
Tout est prêt… il attend.
Le jour venu, le ciel, qui avait été d’une parfaite clarté jusque-là, se couvre exactement au moment de l’observation. Un nuage, ou plutôt un amas de nuages particulièrement bien synchronisés, vient anéantir des années d’efforts.
Cette fois, Le Gentil décide, dégoûté, de rentrer en France.
Là encore, le voyage ne se déroule pas sans encombre.
Maladies, tempêtes, avaries: il lui faut près de deux ans pour retrouver son pays.
Lorsqu’il arrive enfin, une surprise l’attend, et pas des moindres.
En France… on le croyait mort.
Aucune des lettres envoyées depuis son départ ne sont arrivées à destination.
Sa femme, qui le pensait disparu, s’était remariée, ses biens avaient été partagés, son siège à l’Académie attribué à un autre, et ses proches avaient fait leur deuil.
Il dut alors faire reconnaître qu’il était bien vivant et rétablir sa situation.
Peu à peu, il récupère sa place, ses droits et reprend ses travaux…
Il publia par la suite le récit de ses voyages, qui rencontra un beau succès, puis épousa en secondes noces une jeune femme.
Il vécut ensuite jusqu’en 1792, sans jamais avoir pu observer dans les conditions espérées ce transit de Vénus qui avait pourtant occupé tant d’années de sa vie.
Ceci dit, il a laissé une double trace: l’Union astronomique internationale a donné son nom à un cratère lunaire, et ses aventures ont inspiré un opéra, Transit of Venus, créé au Manitoba Opera à Winnipeg en 2007.
Je ne sais pas ce qu’il en est pour vous… mais de mon côté, j’aime beaucoup ce parcours!

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