
J’ai déjà parlé de la poétesse Izumi Shikibu en effleurant le sujet…
A force de la lire, je me dis qu’elle mérite bien plus…
Celle qui fut l’une des plus grandes poétesses de tous les temps a été, à son époque, une femme dont les histoires d’amour ont fait scandale.
Nous imaginons souvent les grands écrivains comme des êtres sages et respectés.
Izumi Shikibu était, dit-on, tout le contraire.
À la cour impériale du Japon, il y a mille ans, son nom circulait autant pour la beauté de ses poèmes que pour sa vie sentimentale.
Mariée très jeune, elle tomba amoureuse d’un prince impérial.
À la mort de celui-ci, elle s’éprit de son frère.
De quoi alimenter les conversations de toute la cour et lui attirer autant d’admirateurs que de détracteurs…
Pourtant, derrière ces passions se cachait une femme d’une sensibilité exceptionnelle.
Chaque bonheur, chaque absence, chaque déception devenait un poème d’une délicatesse infinie.
Là où d’autres auraient écrit de longues déclarations, elle parvenait, en quelques vers seulement, à évoquer le frémissement d’un cœur, l’attente d’un être aimé ou la douleur d’une séparation.
Mille ans plus tard, ses émotions n’ont rien perdu de leur force.
En la lisant, j’oublie les siècles qui nous séparent.
L’amour, l’espoir, le doute, la peur de perdre l’autre… tout semble avoir été écrit hier.
Son journal, qui raconte une partie de sa vie à travers des échanges de poèmes et de lettres, est aujourd’hui considéré comme l’un des joyaux de la littérature japonaise…. je ne me lasse pas de le relire.
Quant à ses waka, ils figurent parmi les plus beaux jamais composés.
L’un de ses plus célèbres a été écrit vers la fin de sa vie.
Ce poème exprime sa quête spirituelle à travers une image devenue emblématique de la poésie japonaise.
Venant des ténèbres,
je m’engage sur un chemin
plus obscur encore.
Éclaire ma route,
ô lune au sommet de la montagne.