Imaginez un instant que vous croisiez, au détour d’une rue parisienne, un homme élégant promenant… un homard au bout d’un ruban bleu.
Vous souririez, vous le prendriez sans doute pour un original.
Pourtant, cet homme a bel et bien existé.
Il s’appelait Gérard de Nerval, et derrière cette scène insolite se cachait l’un des plus grands poètes français du XIXᵉ siècle.
Sa vie ressemble à un roman dans lequel la frontière entre le rêve et la réalité devient de plus en plus floue.
Passionné par les légendes, les symboles et les civilisations anciennes, il parcourait le monde autant que les paysages de son imagination.
Ses amis admiraient son immense talent, mais s’inquiétaient aussi de le voir s’enfoncer peu à peu dans un univers que lui seul semblait comprendre.
À plusieurs reprises, il fut interné après de graves crises psychiques.
Loin d’éteindre son génie, ces épreuves donnèrent naissance à des textes d’une beauté saisissante, où les rêves semblent parfois plus vrais que la vie elle-même.
Puis survint cette nuit de janvier 1855…
Paris est glacé, les rues sont presque désertes.
Au petit matin, on découvre Gérard de Nerval pendu à une grille dans une étroite ruelle, la rue de la Vieille-Lanterne, aujourd’hui disparue.
L’affaire est rapidement classée: suicide.
Circulez, il n’y a rien à voir.
Vraiment?
Depuis plus de 170 ans, certains historiens et passionnés s’interrogent.
Pourquoi plusieurs éléments relevés à l’époque paraissaient-ils si étranges?
Le poète s’est-il réellement donné la mort?
A-t-il été victime d’une agression qui aurait été maquillée?
Faute de preuves, personne ne peut l’affirmer, le mystère demeure entier.
Nous devons à cet homme quelques-uns des plus beaux poèmes de la poésie française…
Et notamment ces quatre vers magnifiques qui ouvrent El Desdichado, le poème le plus célèbre de Gérard de Nerval, devenu un classique de la poésie française.
Je suis le ténébreux, le veuf, l’inconsolé,
Le prince d’Aquitaine à la tour abolie:
Ma seule étoile est morte, et mon luth constellé
Porte le Soleil noir de la Mélancolie.