Promis, ceci est le dernier texte que je consacre au film l’Odyssée… même s’il y aurait encore beaucoup à dire!
Dans L’Odyssée de Christopher Nolan, donc, la rencontre avec Circé est sans doute encore plus saisissante que celle du Cyclope.
Et pourtant, c’est aussi l’un des passages où le réalisateur s’éloigne le plus du texte d’Homère.
Dans le poème, Circé séduit Ulysse, qui devient son amant et demeure une année entière auprès d’elle avant de reprendre la mer.
Nolan fait un choix différent.
Toute dimension amoureuse disparaît.
Circé devient une magicienne logée dans une chaumière, qui ne cherche ni à séduire ni à retenir, mais à révéler la véritable nature des hommes.
Lorsque les compagnons d’Ulysse sont changés en cochons, la métamorphose dépasse le simple prodige.
Elle symbolise l’abandon aux instincts les plus primaires, la gloutonnerie, la brutalité et la perte d’humanité.
Les hommes ne deviennent pas des porcs par hasard.
Aux yeux de Circé, ils ne font que prendre l’apparence de ce qu’ils sont déjà intérieurement.
Cette façon de voir les choses, nettement plus psychologique que mythologique, constitue pour moi l’une des grandes originalités du film.
Et c’est sans compter sa réalisation, époustouflante.
Christopher Nolan a une nouvelle fois privilégié les effets pratiques plutôt que les images de synthèse.
Les transformations ont été obtenues grâce à ce que l’on appelle des « animatroniques », des maquillages extrêmement élaborés, des prothèses et des effets mécaniques manipulés directement sur le plateau.
L’animatronique est une créature ou un personnage mécanique, fabriqué à taille réelle ou géante, capable de bouger grâce à des moteurs, des vérins et un système électronique.
Il est recouvert de silicone, de latex ou d’autres matériaux qui imitent la peau, les muscles et les expressions du visage.
On en voit par exemple dans Jurassic Park, et l’effet est à couper le souffle…
Ici, la mise en scène est si convaincante que Circé façonne elle-même les corps de ses mains.
C’est ce qui rend cette séquence si troublante.
Sa présence physique donne à la métamorphose une puissance presque insoutenable… j’ai rarement vu une scène aussi puissante au cinéma.
Le spectateur n’a pas l’impression de regarder un effet numérique, mais d’assister à une véritable altération des corps.
Franchement… je ne risque pas d’oublier ni cette scène, ni ce film.