Le grand moment

Juste avant leur passage sur scène de mercredi, les enfants avec lesquels j’avais travaillé ces dernières semaines ont tous connu un épisode de gros stress.
Il nous avait été demandé de patienter derrière la scène.
Dissimulés entre le dos de la scène et une haie, nous attendions donc leur passage.
Les uns étaient très paisibles, d’autres très anxieux.
L’une d’elles, qui faisait partie du groupe « guitare », s’était mêlée à nous.
Plus le moment approchait, moins elle se sentait bien.
Alice, 8 ou 9 ans, petite fille calme et espiègle, s’était installée sur une chaise adossée à la haie et a lancé:
– Moi, ça va bien. Je dirais que j’ai un stress de 2 sur 20.
Je suis entrée dans la conversation à mi-voix pour les distraire sans déranger les discours qui s’enchaînaient sur la scène:
– 2 sur 20… c’est un record de calme! Et vous?
J’ai fait le tour du cercle et chacun a confié sa note en expliquant les raisons de son état.
La plupart se situait entre 8 et 12… rien d’alarmant!
Arrivée à notre jeune guitariste, elle a lancé: « 19 ».
Tous les autres l’ont regardée avec un étonnement inquiet.
Comme rien n’est plus contagieux que le trac, j’ai tenté:
– Hum… 19? J’ai une mauvaise nouvelle.
Ils m’ont tous regardée.
Parmi eux, notre petite musicienne avait le même visage décomposé qu’elle arborait depuis une bonne heure.
– C’est quoi, la mauvaise nouvelle?
– Si nous n’agissons pas très vite, tu vas exploser.
Ma déclaration a été accueillie par un éclat de rire général… mais pas trop prononcé pour ne déranger personne.
– Mais alors qu’est-ce qu’il faut faire?
Je les ai fait se rapprocher:
– Vous avez le trac, c’est normal. Il y a un public, devant vous, et vous ne voulez pas le décevoir. Une fois que vous commencerez à chanter et à jouer, vous allez vous détendre. Et le stress… heureusement que vous en avez, sans quoi vous auriez autant d’énergie qu’un escargot! C’est lui qui nous stimule. Le stress, pas l’escargot!
– Mais qu’est-ce qu’il faut faire quand c’est trop? Je ne sais pas si je vais oser y aller…
– Si, si, ne t’en fais pas. Tu n’es pas toute seule, tu vas être entraînée par tes copains. Et puis, vous ne risquez rien. S’il y a une erreur, le ciel ne va pas vous tomber sur la tête et personne ne vous en voudra! Je vous ai tous vus travailler ces dernières semaines: vous avez fait tout ce qu’il fallait! Je suis très fière de vous tous… et le public sera pareil!
J’ai vu que l’on nous faisait un signe:
– C’est le moment, hop, on y va!
– Et toi, tu seras où?
– Devant, sur le côté.

J’ai été me poster non loin d’eux et je les ai regardés s’installer.
Les voir chanter avec un plaisir évident m’a émue.
Comme à chaque fois dans ces cas-là, le moment a passé trop vite pour eux, récompensé par les applaudissements.
Comme il leur avait été annoncé qu’il y avait généralement un bis, ils étaient prêts, voire impatients de recommencer.
Mais la chaleur était telle que, pour éviter des malaises, le public a été évacué vers des lieux plus abrités du soleil.
Je sais que certains des enfants ont été déçus par cette décision.
Mais je pense qu’ils ont été rapidement été consolés par leurs familles venues les écouter…
Parmi ces enfants, peut-être en reverrais-je certains.
Mais je sais que les plus grands passeront au collège à la rentrée et que, pour eux, le périscolaire prend fin.
Je pense aux enseignants qui, dans quelques jours, diront au-revoir aux enfants qu’ils ont accompagnés bien plus longtemps que moi, et qui doivent avoir des pincements de coeur en les voyant s’éloigner…
C’est aussi mon cas…











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