Chiboz: l'âme d'un lieu

Photo Eric Bernier

 Samedi matin, c’est au-dessus de Fully, près de Martigny (Valais, Suisse), que nous nous sommes rendus pour un rendez-vous professionnel.

Et, une fois encore, la matinée me réservait une surprise.
Je crois depuis toujours qu’à partir du moment où  un journaliste part sur un sujet avec l’intention de s’y intéresser, d’écouter vraiment les personnes qu’il découvre, il a de fortes chances de ressortir enrichi de la rencontre.
Ca a été le cas ce jour-là.
Nous nous rendions à Chiboz, au-dessus de Martigny (Valais), dans la région de Fully.
Le hameau est niché dans la montagne appelée le « Grand  Chavalard ».
En hiver, les avalanches rendent l’accès au village plus que compliqué

Là-haut se trouve une excellente adresse gastronomique: le Relais des Chasseurs.
En y entrant,  l’ambiance le confirme: les trophées accrochés aux murs confirment bien que nous sommes dans un lieu où la chasse a son importance.

Photo Eric Bernier

La chasse… une activité qui me met mal à l’aise.
La beauté et la grâce des animaux sauvages me touchent.
Même si je connais les impératifs qui rendent la chasse nécessaire, je n’avais jamais vraiment approfondi le sujet.

J’ai fait l’interview d’Emilie, la jeune et chaleureuse patronne du lieu, qui  partage cette responsabilité avec l’une de ses soeurs, Florine,  et, en l’écoutant, j’ai découvert un univers…
Le restaurant n’est de loin pas qu’une bonne adresse.
C’est également et surtout une histoire de famille, celle de la famille Ançay.
En 1945, Rachel, la grand-mère d’Emilie,  été la première femme à « racler », proposant une raclette à un groupe de personnalités venues pour la promotion des élèves et la remise du bulletin scolaire.
Sa maison n’était pas un restaurant mais une ferme à l’époque: elle cuisinait au premier étage, dans l’âtre.
Au fil du temps, les générations se sont succédées.
La ferme a été agrandie pour devenir le joli établissement qui existe aujourd’hui.
Michel, le père d’Emilie et Florine, a tenu le restaurant avec son épouse Yolande pendant des décennies.
Aujourd’hui, tous deux continuent à soutenir activement leurs filles.
Michel entretient pas moins de huit jardins qui fournissent le relais en légumes frais.
Il produit son miel, cultive son raisin et, comme tous les membres de la famille, chasse.

Le sourire d’Emilie (Photo Eric Bernier)

J’ai abordé le sujet de la chasse avec sa fille.
C’est elle qui m’a confirmé que si le cheptel de gibier n’était pas régulé, les chevreuils, par exemple, seraient atteints d’une certaine sorte de conjonctivite à laquelle ils sont exposés, et deviendraient aveugles.
Peu après, son père est rentré de la chasse et j’ai fait sa connaissance.
J’ai pu approfondir avec lui les questions qui m’intriguaient par rapport à la chasse, apprenant ainsi les règles très strictes imposées aux chasseurs, ne leur permettant de tirer qu’un certain nombre de bêtes, et pas n’importe lesquelles, sous peine d’être pénalisés.
J’ai demandé à voir les animaux  ramenés des dernières chasses.
Dans une chambre froide, j’ai vu un chamois, un chevreuil, une marmotte…
Je les préfère vivants et en liberté, oui…
Mais le fait que cette chasse n’a rien d’un massacre irréfléchi a contribué à nourrir ma réflexion.
 J’ai écouté Michel Ançay me parler des autres aspect de cette activité: la marche dans la nature, l’observation, le nombre incalculable de fois où il sort sans tirer.

Au Relais des Chasseurs,  chaque automne, la période de la chasse signe l’ouverture du période de bombance.
La table accueille une carte de chasse riche et tellement savoureuse que les habitués réservent leur table un an à l’avance et qu’une liste d’attente révèle le nombre de clients en attente d’une petite place dans la salle à manger.

En haut, la Salle du Chasseur est un véritable musée où les photos des Anciens de la famille Ançay sont affichées.
Emilie m’a parlé de ses ancêtres, puis m’a montré le livre que leur a consacré sa maman, Yolande, née en Italie, élevée au Canada, et installée en Suisse depuis son mariage.
Cette femme, que j’ai eu la chance de rencontrer en fin de reportage, est d’une richesse étonnante.
Active, créative, d’une gentillesse exquise, elle fait partie de ces personnes que l’on a envie de revoir.
Comme chaque membre de la famille, d’ailleurs…
Tous ont une personnalité riche qui mérite d’être découverte.
Ce n’est pas courant…

En me parlant d’anecdotes concernant cette région qu’elle connait comme sa poche, Emilie m’a passionnée.
Je suis rentrée avec deux ouvrages consacrés au sujet, dont celui écrit par sa maman.
Et je reparlerai ici de certaines des incroyables histoires que j’ai découvertes là-haut.

Si vous avez envie de passer un moment dans un endroit ravissant, très fleuri, où vous serez reçu avec une réelle chaleur, allez à Chiboz.
Mais… téléphonez avant pour réserver!
Et attention: le restaurant ferme de mi-novembre à mai. 

Martine Bernier

 

Relais des Chasseurs, Chiboz, 1926 Fully
Site: www.chiboz.ch

 

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